Mettre ce sujet ici? ou bien dans "recettes"? ou bien dans "coutumes de nos régions"?
Finalement j' ai opté pour ici parce que - croyez moi - quand ma maman se lançait dans la fabrication du pastis, c' était vraiment folklo...
Bien sur, il était prévu une grande tablée avec famille et amis, pour le déjeuner. Elle ouvrait le chantier vers 5 heures du matin.
Confection de la pâte : farine, eau tiède, une pincée de sel... et c' est tout. Pas bien compliqué me direz vous. Pas la pein de se lever à 5h du mat. pour ça!
La pâte étant en boule, les difficultés arrivaient et elles allaient crescendo jusqu' à la cuisson du gâteau. Applatir la pate, au rouleau dans un premier temps. En fait de rouleau, c' était une bouteille vide qui en faisait office. Donner plusieurs tours. Il y avait un nombre précis dont je ne me souviens plus. Quand cette opération était terminée, la grande table de la cuisine était débarrassée de tout ce qui pouvait l' encombrer. Maman allait dans l' armoire-lingère prendre un grand drap de lit qu' elle étalait sur la table. Bien fariné sur toute sa surface le drap de lit. Là commençait l' opération la plus délicate : celle de l' étirage.
La pâte était étirée à la main, tout doucement et tout progressivement, jusqu' à recouvrir la totalité du drap... et donc de la table.
Fallait se mettre à deux pour faire ça et travailler en vis à vis. C' est ma grande soeur qui s'y collait et qui se faisait houspiller ce jour là plus que tous les autres jours de l' année réunis. Fallait tirer régulièrement, sans à-coup, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. Si la pâte cassait, fallait mettre une "rustine".
La pâte étant bien étirée, on faisait fondre du beurre (le beurre fabriqué avec la crême du lait de nos vaches, évidemment) et on aspergeait généreusement toute la surface de la pâte avec ce beurre fondu. Et on repliait la pâte une fois, deux fois.... je ne sais plus combien de fois. Et chaque pliage, aspersion de beurre fondu.
Quand le pliage était terminé, on partageait le pâton en deux. Le premier morceau dans la tourtière, généreusement recouvert de sucre en morceaux et généreusement arrosée d' eau de vie de prunes (eau de vie faite avec nos prunes évidemment, par le bouilleur de cru du coin). On mettait le deuxième morceau de pâte par dessus et la préparation proprement dite était terminée.
Pendant tout ce temps là, la maison était en surchauffe. Au fur et à mesure de l' arrivée des membres de la famille pour le petit déjeuner, la table étant occupée, il fallait que chacun se débrouille pour trouver un coin où poser son bol ou son assiette! Ca n' allait pas sans plaintes et jérémiades. D' autant qu' il fallait aussi penser à préparer les autres plats du "festin" de midi.
Le pastis terminé ressemblait à peu près à ça :

Il restait à le faire cuire, dans une maison où il n' y avait que le feu de cheminée comme moyen de cuisson. Mes parents n' avaient pas les moyens de s' offrir une cuisinière à bois. Alors, comme il fallait qu' il cuise uniformément dessus et dessous, mon père avait fabriqué un couvercle en tôle pour la tourtière. Ma mère faisait beaucoup de braises dans la cheminée et elle recouvrait le couvercle de braises incandescentes qu' il fallait remplacer régulièrement au fur et à mesure qu' elles perdaient de la vigueur.
Ma mère perdait aussi en même temps un peu de patience et ça se terminait souvent dans les invectives, voire les larmes.
Mais quand les invités arrivaient, tout était rentré dans l' ordre et maman accueillait modestement les compliment que chacun lui faisait sur son repas en général et son pastis en particulier.
J' ai presque retrouvé avec les pastis d' Annick le goût de ceux de mon enfance. J' adore ça. Ma soeur, et même moi, avons essayé d' en faire avec de la pâte achetée mais ça n' a qucun rapport. Très décevant.